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Olivier Abel

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L'échec de Sarkozy

Devrait-il encore faire illusion en se maintenant au pouvoir, cela fait longtemps que nous savons que Nicolas Sarkozy a échoué. On peut l’exprimer sur le mode de la dénonciation, mais aussi du regret, car il a représenté, même de façon marginale, une tentative pour faire voir une autre France que ce pays tourné vers son jardin intérieur, une tentative pour débloquer une société devenue extrêmement conservatrice et peu capable de sortir d’elle-même. Fuyant un passé devenu trop lourd, et impuissante à se donner un horizon d’avenir, la société française s’évade dans un présentisme, ou cherche à préserver un ordre purement conservatoire.

La force de Sarkozy avait donc été de chercher à restaurer une société de confiance, confiance en soi individuelle et collective, confiance en l’avenir, courage de se confronter aux difficultés. On peut même dire qu’il avait su mobiliser une certaine énergie intellectuelle, et même si cela ne s’est pas traduit par l’approbation massive du monde intellectuel et de la recherche, au contraire globalement tenu à l’écart, un certain nombre de personnalités de gauche avaient été séduites par ce style. J’irai jusqu’à dire qu’une certaine « insécurisation » était mise en œuvre pour remettre la société en mouvement, faire en sorte que les individus privés de toutes les garanties acquises sachent ne plus compter que sur leurs propres forces, et retrouvent confiance en elles-mêmes. C’était le côté « américain » de Sarkozy.

D’où vient l’erreur, et où est l’échec ? De l’impuissance (ou du non-désir ?) à sortir du piège tendu par le Front National : ce dernier est finalement resté maître de l’agenda, en imposant ses questions sécuritaires et identitaires, sa problématique protectionniste d’ensemble. Ainsi les partis de gouvernement restent-ils plus ou moins captifs de l’horizon imposé par les leaders successifs du Front National. Et plus il court après les voix frontistes plus l’UMP pâlit car au fond dans ce cas là « l’original vaut mieux que la copie ». En cas de duel Sarkozy-Le Pen il n’est pas sûr que cette fois ci les démocrates se sentent une fois encore obligés de voter pour le président sortant. Le pacte républicain est brisé.

Un scénario différent aurait-il pu s’imposer ? Oui, et le Grenelle de l’environnement, censé rassembler dans un pacte gouvernemental toutes les initiatives écologiques et imposer leurs urgences dans l’agenda politique, aurait pu marquer une réorientation décisive de l’ensemble du débat, aujourd’hui confirmée par les événements du Japon. Sans doute un certain nombre de personnalités politiques de la majorité étaient-elles prêtes à ce changement de cap. Mais soit que Sarkozy n’ait eu qu’une conception cosmétique de l’écologie, soit qu’il ait eu peur de violer sa majorité électorale, la question a finalement rétrogradé à une place très secondaire. Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à substituer l’urgence verte à l’urgence brune, si je puis dire. C’est là son erreur, car un véritable homme d’Etat doit être capable de lever le nez et de trahir la coalition électorale des intérêts qui l’ont porté au pouvoir, pour fixer de nouveaux caps. Le grand homme politique c’est celui qui loin de tenir ses petites promesses électorales, déplace le sujet et l’opinion publique toute entière, pour la soumettre à des questions plus souveraines, et qui bouleverse ainsi l’ordre des questions prioritaires.

Cette impuissance à sortir des questions posées par le Front National touche directement l’intention initiale, car elle signifie aussi l’impuissance à renvoyer à la France l’image d’une société plurielle, d’une société d’immigration qui s’accepterait enfin en tant que telle. En proportion, tout au long du 20ème siècle, il y a eu autant d’immigrés en France qu’aux USA, et cependant notre pays garde de lui-même l’idée d’une société-nation qui se doit d’assimiler les nouveaux-venus et leur faire oublier leurs différences. On aurait pu imaginer que Sarkozy réussisse à faire la place en France à un islam fort et confiant, mais aussi plus sécularisé et pluraliste, mais la crispation pseudo-laïque actuelle montre bien qu’on en est loin.

Cela jette un doute intérieur sur la démocratie elle-même. Le paradoxe est que le libéralisme politique affiché par Sarkozy s’est retourné en refus d’accepter un véritable espace libéral, reconnaissant la place des instances critiques à côté du pouvoir, honorant ceux qui le critiquent et les considérant comme indispensables à la démocratie. On peut dire qu’avec la disparition ou l’affaiblissement de ces ONG et instances criques on a cassé les thermomètres. L’Etat est ramené au pré carré sécuritaire, et délaisse les solidarités qui tissaient le consensus républicain. Enfin Sarkozy a conduit trop loin la personnalisation de la politique, avec une mise en scène publique du sentiment qui vulgarise sa fonction. Il peut ainsi avoir ouvert la vanne à toutes les candidatures hyper-personnelles, qui ne craignent plus le ridicule. Il peut aussi avoir touché le point de retournement où nous reviendrons vers une véritable convention des institutions démocratiques. Encore faut-il que la question dominante ait été remise en face des enjeux planétaires et mondiaux qui sont les nôtres, désormais, où que nous soyons.

 

Paru dansLa Croix 3/5/11

 

Olivier Abel
(merci de demander l'autorisation avant de reproduire cet article)

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