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Attentats-suicides : violence et religion

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dessin de la Faculté de Théologie Protestante de Paris (IPT)

La justice et le conflit

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Non la sécurité mais le courage

Chaque année, les enjeux de l’année à venir s’alourdissent de ce qui n’a pas été envisagé avec assez de courage les années précédentes. Quels sont-ils ? Peut-on leur assigner un ordre de priorité ? Oui, sans doute, il nous faut une large conversation entre nous tous, sur nos véritables priorités. Nous sommes face à un des plus formidables bouleversements de nos sociétés et de nos cultures de l’histoire, et nous nous replions sur des questions sécuritaires et identitaires qui nous tiennent le regard en bas, comme attaché à un piquet ! Comment lever les yeux, nous déliant d’anciennes promesses intenables, et oser des promesses à la hauteur des défis qui nous menacent ?

Ces défis sont nombreux, ils pèsent à la porte de notre monde et nous ne les voyons pas encore. Il nous faudra d’abord apprendre les gestes de la solidarité, non seulement planétaire mais aussi locale, à côté de nous, avec toutes les victimes des catastrophes humanitaires. Les déséquilibres climatiques n’ont pas fini de faire parler d’eux, mais les déséquilibres économiques non plus, et nous ne pouvons pas nous résigner à voir des pans entiers de l’humanité basculer dans le nouvel esclavage qui triomphe sous diverses formes aujourd’hui, ou bien dans cette situation terrible d’être superflus, inemployables. Si tous les SDF étaient des prisonniers à peine sortis d’un camp de concentration, combien nos mains se tendraient vers eux ! Jusqu’où supporterons nous une société qui n’a pas besoin de nous, et où tous ceux qui ont été jetés de l’obligatoire échange n’ont pas même de quoi se retirer, se loger ?

Il nous faudra ensuite apprendre à nous méfier de la dureté du nationalisme qui revient, qui est là, plus terrible et fanatique que les religions les plus sectaires. Je ne parle pas du nationalisme lointain, mais de celui qui ronge l’Europe. Nos sociétés démocratiques, sentons-le, sont l’inverse des sociétés fascistes : elles ont leur face douce à l’intérieur, le côté dur étant pour les extérieurs toujours plus loin rejetés. Cette fuite en avant de sociétés qui fonctionnent comme des arches de Noé pour leurs ressortissants est une politique de l’autruche. Dans l’interdépendance du monde,  aucun pays ne pourra se sauver tout seul. Comment faire pour retrouver un minimum de confiance dans nos propres capacités ? C’est ici que nos vieilles sociétés européennes, qui ont déjà été détruites par le nationalisme, ont la chance de savoir que la course à la puissance n’est pas infinie, et que personne n’est pour toujours le plus fort.

Le troisième enjeu n’est pas seulement de solidarité économique, ou de responsabilité politique, mais de bouleversement culturel dans nos images de la vie réussie, heureuse, accomplie. On dirait que personne ne réalise, ou ne veut réaliser, combien tôt ou tard nos formes de vie vont changer. La rigolade du pétrole bon marché c’est définitivement fini, et la courbe du développement mondial est en train de croiser celle de l’épuisement des ressources. L’humanité avait une petite chance : qu’avons nous fait de ces cent années de croissance? Regardez : une par une toute les courbes passent au rouge.  Comme si nous étions passés par un seuil optimal des échanges, un optimum de développement urbain, de trafic aérien, d’espérance de vie, de niveau global d’instruction, et que ces différentes courbes plafonnent et désormais retombent et régressent.

J’attends que se lève un homme d’Etat qui dirait : nous avons vécu au-dessus de nos moyens, nos standards de vie sont au-dessus de nos moyens, il nous faut cesser de chercher à nous rassurer, nous avons devant nous un période difficile. Nous ne manquons pas de sécurité, mais de courage. Nous ne manquons pas d’identité, mais d’audace fidèle pour attraper le geste de nos pères et inventer à notre tour. Nous ne manquons pas de bonheur ni de biens, mais de cette gratitude qui ouvre le désir de les partager, de les communiquer, et c’est ce partage seul qui peut faire d’eux quelque chose d’heureux.

Paru dans Le Figaro le 1er/01/06

 

Olivier Abel
(merci de demander l'autorisation avant de reproduire cet article)

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