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Attentats-suicides : violence et religion

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Olivier Abel

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dessin de la Faculté de Théologie Protestante de Paris (IPT)

La justice et le conflit

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Prendre au sérieux notre irrationalité

 

Pour le philosophe Olivier Abel, cette affaire nous touche profondément. Et interroge notre culture latine et la place des hommes.

Plus on est intelligents, plus on est bêtes

Nous vivons dans un système très organisé, civilisé, contraint et, malgré tout, un comportement totalement irrationnel, sinon dément, peut subvenir. Nous devons peut-être prendre plus au sérieux la possibilité de la bêtise humaine que nous avons tendance à négliger. Nous avons une vision trop rationnelle de l’être humain qu’un lapsus grave, qu’un acte involontaire trahit. Chacun de nous découvre en lui-même la capacité de faire son propre malheur, d’oublier tout ce que l’on aime, tout ce que l’on a construit pour se précipiter dans le malheur. C’est en ce sens que l’humiliation vécue par DSK nous rejoint et nous touche, comme une parabole de la condition de l’humanité moderne, de plus en plus condamnée à l’intelligence du complexe, mais de plus en plus menacée de simplifications idiotes. Oui, les meilleurs d’entre nous peuvent soudain devenir les pires idiots, capables des plus grandes folies. Et les hommes les plus puissants, les plus remarquablement intelligents, possèdent peut-être plus que d’autres ces côtés irrationnels parce que trop protégés d’eux-mêmes par un fort entourage. On les empêche ainsi d’accéder à la pleine connaissance de leurs propres limites.

Ne pas sous estimer la dangerosité masculine

Mais nous devons aussi probablement ne pas sous-estimer ce que représente, l’homme, le mâle. Les hommes qui détiennent la force, le désir de dominer par la sexualité, la possibilité de faire mal, doivent consentir à prendre conscience de leur propre dangerosité. Dans notre culture dominée par une vision féminine, protectrice et douce, on sous-estime probablement la dangerosité masculine. Du moins, on ne sait pas réellement comment considérer l’homme, ni quelle place lui accorder ou quelles valeurs il doit porter. La morale consiste peut-être d’abord à prendre conscience de sa propre dangerosité et y faire face. Avec ces désirs que l’on peut qualifier de bestiaux, il faut faire un homme responsable de ses actes.

Puritanisme et consentement

Cette histoire nous parle enfin de la différence de culture entre les États-Unis et la France. Les mêmes faits ne sont pas qualifiés de la même manière de part et d’autre de l’Atlantique. La France lénifie et sous-estime peut-être ce genre d’affaires. La culture américaine la surqualifie. Influencée par le protestantisme, elle surestime le consentement, le sujet est toujours libre, majeur et consentant. Avec le consentement de la personne, on peut faire n’importe quoi. Sans consentement, tout devient violence. Pour notre culture latine, la zone qui sépare le consentement de la violence est plus incertaine. Le puritanisme anglo-saxon cherche à définir avec clarté les rapports entre hommes et femmes dans espace de vraie liberté, ce sui suppose de marquer les limites où commence la violence. La culture française cultive plutôt l’épaisseur de la relation entre hommes et femmes, la galanterie, la séduction, la courtoisie... Reste que, sous ce prétexte, cette affaire aurait sans doute été étouffée dans notre pays.

 

Propos recueillis par J.-L. M.
Réforme no 3417 • 19 mai 2011 sur « l’affaire DSK »

 

Olivier Abel
(merci de demander l'autorisation avant de reproduire cet article)

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