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Attentats-suicides : violence et religion

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Olivier Abel

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Les cultures et le différend

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Les religions du doute

Chaque jour on entend à la radio, à la télévision, on lit dans la presse des inquiétudes sur les menaces du fanatisme religieux. Et bien souvent il y a de quoi être agacé par les molles protestations des institutions religieuses qui estiment être victimes d’usurpateurs, de tous ceux qui lèvent les étendards de la religion pour couvrir leurs contrebandes en tous genres. Certes il est exact que le plus grands fanatismes ont été atteints par les nationalismes, les fascismes, les organisations totalitaires qui ont voulu fabriquer l’homme à volonté. Mais il serait plus utile d’étudier le cœur violent de tous nos sacrés, et de montrer comment les religions font pour le ritualiser ou le déjouer.

Je voudrais ici cependant prendre un tout autre chemin, examiner une toute autre hypothèse. Et si les religions étaient de prodigieuses machines à installer des doutes durables, à multiplier des occasions de douter, du monde, de la vie, de nous-mêmes, de nos systèmes politiques ? Et si les religions étaient des machines à intriguer, à installer des perplexités ? Et si les religions avaient pour fonction, contrairement à ce que nous croyons facilement, d’augmenter la dose d’incertitude et de doute supportable collectivement ? Non le doute savant, mais le doute ordinaire, « le doute du charbonnier ».

Cette hypothèse ne serait pas moins plausible, archéologiquement et historiquement, que l’idée inverse, qui voit dans nos religions des systèmes de certitude. Dans cette hypothèse, les guerres de religion, comme bien d’autres formes de violence, se déclencheraient quand les religions dépasseraient la dose de doute collectivement supportable, pour revenir à des certitudes plus établies, plus solides. Les guerres de religion seraient toujours d’abord des guerres d’anti-religion, à un moment où le sentiment religieux se fait trop fort. Je lance cette idée, moins pour justifier les religions, qui sont souvent bien injustifiables, que pour glisser un doute dans la bonne conscience effrayante de nos opinions publiques. Le paradoxe est que nous ne voyons pas comment les religions, loin de liquider la violence, ont sans cesse du inventer des procédés pour l’entraver, la différer, empêche les protagonistes d’y mettre « toutes leurs forces ». C’est bien ce qui nous manque.

Paru dans Le monde des religions n°5, mai-juin 2004

 

Olivier Abel
(merci de demander l'autorisation avant de reproduire cet article)

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