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Attentats-suicides : violence et religion

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Olivier Abel

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Justice et tsunami

Avant ; et après. Jamais autant peut-être, en tout cas depuis si longtemps (la mémoire humaine est si courte), on n’avait vu une différence aussi écrasante en un laps de temps aussi abrégé. Ils sont largués, ridiculisés, nos kraks boursiers propagés dans l’immédiateté du temps réel des télécommunications, à l’aune d’un événement dont on aimerait dire qu’il est sans réplique. Pour avoir de tels effets, il faudrait une guerre déjà trop longue, une révolution devenue insupportable de terreur. Nous nous y entendons pourtant, nous, les humains, à transformer brutalement le monde. Je ne dirai pas que nous n’y arriverions pas, mais nous aurions encore un peu de mal à introduire si vite un désordre aussi formidable dans son ordre plus ou moins prospère, ou plutôt un ordre aussi effrayant dans son désordre vivant.

Quelque méfiant que l’on puisse être à l’égard de ces images de révolution de justice ou d’amour qui avancent comme un torrent ou un raz de marée, tout se passe cependant comme si nous espérions ce nouvel ordre horizontal, cette mondialisation de la solidarité. Au tsunami des éléments, continents et océans traversés par la même onde de choc, répond le raz de marée de la fraternité choquée. Avant, après, plus rien ne sera pareil. Certains se demandent même si de tels événements ne sont pas capables d’ébranler les égoïsmes et les injustices planétaires, d’ébranler la guerre des capitalismes qui ravage notre planète et nos sociétés.

Soyons cependant lucides. Puis-je me cacher derrière des chiffres et des dates fictifs, et taire ce qui est sans prix ? Pour « entièrement » réparer les dégâts causés dans une catastrophe urbaine occidentale qui a fait 1500 morts, il a fallu un milliard d’écus. Pour « entièrement » réparer les dégâts causés dans une catastrophe qui a touché autant de régions suburbaines et peu développées de l’autre monde et fait 150.000 morts, dix milliards d’écus seront largement suffisants —et encore beaucoup iront s’investir dans la restauration de l’industrie touristique, dont il y a fort à parier qu’elle prendra une place encore plus grande dans l’économie de la région.

Le seul doute que l’on puisse avoir, c’est le doute que tout tremblement de terre véritablement entendu, comme seules les victimes survivantes peuvent parfois l’entendre, introduit dans notre rapport à la réalité. Notre monde est-il si solide ? Qu’est-ce que vivre dans une réalité ébranlée par le souffle dévastateur d’une telle tempête ? On se relève, on se demande si on est bien soi-même, la main touche le monde, le regard croise d’autre regard, et tout tremble à nouveau. Mais ce doute sonne comme un bref rappel, un téléphone portable qui aurait vibré à l’écoute d’une autre voix. Au cas où notre monde vraiment branlerait, ceux dont l’économie de subsistance font qu’ils sauront se réparer à moindre coût auront une inimaginable avance. Mais peut-être notre monde ne branlera-t-il jamais. ?

Paru dans Réforme le 07/01/05

 

Olivier Abel
(merci de demander l'autorisation avant de reproduire cet article)

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