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dessin de la Faculté de Théologie Protestante de Paris (IPT)

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Les protestants et Nicolas Sarkozy

 

L’Ifop, qui les avait déjà sondés pendant les présidentielles, s’est à nouveau penchée sur le cas des protestants. Résultat, eux que l’on disait ancrés à gauche, confirment timidement, un an après, leur revirement.

La campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy a bel et bien marqué une fracture dans l’électorat. Discours musclé sur les valeurs, priorité à l’effort, au travail et au sens des responsabilités. Mais aussi, une autre approche de la laïcité et de la place des religions dans la société… Bref, de quoi ébranler quelque peu le traditionnel ancrage à gauche des protestants. Un sondage réalisé au moment de l’élection présidentielle (Ifop pour Réforme en mars 2007) l’avait assuré : l’adhésion des protestants français à la droite républicaine allait en s’affirmant, 4 points de plus que la moyenne nationale pour François Bayrou et 6 points de plus pour Nicolas Sarkozy.

Malgré le bling-bling Un an après, qu’en reste-t-il ? C’est tout l’intérêt de la nouvelle enquête de l’Ifop1. De ce travail n’émerge cependant qu’une moyenne de popularité. Cette moyenne de l’ensemble du corps électoral s’établit à 56 % d’opinions favorables pour le président de la République, ce qui ne correspond évidemment pas à la réalité actuelle qui voit la côte de Nicolas Sarkozy toucher les plus basses eaux. Une moyenne qui, si l’on s’en tient à la période qui court de décembre 2007 à aujourd’hui, ressort à 42 % d’opinions favorables. Mais quelle que soit la période étudiée, le vote protestant, malgré les réserves inhérentes à l’exercice, apparaît toutefois nettement.

Un an après, les tendances entrevues en mai 2007 se confirment. Si Nicolas Sarkozy est moins populaire parmi les protestants que chez les catholiques pratiquants, on constate que sa cote parmi les protestants est très proche à la fois de la moyenne nationale et de celle observée parmi les catholiques non pratiquants. Alors que les personnes sans religion et les musulmans affichent une défiance importante vis-à-vis du président de la République, les protestants ont perdu leur singularité et ne se distinguent guère de la moyenne française sur un sujet qui suscite pourtant passion et polémique. Une évolution notée par Jean-Paul Willaime, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études : « Ce sondage confirme ce qu’avait révélé l’enquête IFOP de mars 2007 et ce que j’avais moi-même souligné à cette époque, à savoir qu’au plan national, les protestants penchent désormais majoritairement à droite. On savait que le protestant français identifié systématiquement comme un homme ou une femme de gauche ne correspondait plus à la réalité. Cette enquête le confirme. » Si les protestants se différencient nettement des catholiques pratiquants, ils semblent cependant très proches des catholiques non pratiquants. « On ne peut cependant exclure l’hypothèse d’un œcuménisme politique qui serait marqué par une proximité d’orientation des protestants pratiquants et des catholiques pratiquants », note Jean-Paul Willaime.

Bémol cependant, l’enquête de l’Ifop révèle que l’image et les prises de position de Nicolas Sarkozy ne rencontrent pas un niveau d’adhésion identique dans l’ensemble des composantes du protestantisme, qui demeure très hétérogène. Ainsi, la cote moyenne de Nicolas Sarkozy atteint le « record » de 68 % (soit 10 points de plus que la moyenne) parmi les protestants de l’est (Alsace en particulier). Elle n’est que de 45 % (soit un écart de 23 points) parmi leurs coreligionnaires du grand sud (Languedoc-Roussillon) qui apparaissent ainsi nettement plus à gauche que la moyenne des protestants, mais aussi des Français. « La différence d’orientation politique entre le protestantisme à dominante luthérienne de l’est et le protestantisme réformé du sud s’affiche ici avec beaucoup de netteté » commente Jean-Paul Willaime. Les protestants des grandes agglomérations (parmi lesquels on peut penser que les évangéliques sont surreprésentés) font montre d’un niveau d’adhésion également nettement favorable à Nicolas Sarkozy avec 62 % -(contre 58 % parmi l’ensemble des protestants). Et Jean-Paul Willaime de -conclure, « si l’on considère que le style du président de la République, son côté bling bling, a tout pour déplaire aux protestants, si l’on prend en compte le fait que sa cote de popularité a fortement baissé dans l’opinion générale des Français, on mesure d’autant plus l’importance de ce constat d’une droitisation protestante. Selon nous, l’éthique protestante du travail et la valorisation protestante de la responsabilité individuelle n’y sont pas pour rien. »

Déçus de la gauche Reste à comprendre les raisons de cette mutation qui ne remonte qu’à quelques années. Pour mémoire, en 2002, les protestants affirmaient leur nette préférence pour Lionel Jospin (24 % de votes protestants en sa faveur contre 18 % pour l’ensemble des Français). « En 2007, Ségolène Royal ne recueille que 20% des intentions de vote des protestants » rappelle Jean-Paul Willaime. « Autant l’athée protestant Jospin avait pu les séduire, autant la catholique sociologique Royal ne semble pas leur inspirer confiance ».

Pour Olivier Abel, philosophe et enseignant à l’Institut protestant de théologie, c’est une réelle déception vis-à-vis de la gauche qui expliquerait ces évolutions politiques des protestants. « Les protestants se croyaient à gauche et ancrés dans le camp laïque, mais ces derniers ne les reconnaissent pas. » Pour le philosophe protestant, la gauche dépend encore trop lourdement d’une représentation d’elle-même fondée sur un discours -antireligieux. Elle ne perçoit pas, ne valorise pas et ne reconnaît pas l’apport du christianisme dans son patrimoine génétique. « La gauche ne veut rien devoir au christianisme, alors qu’elle lui doit tout. » Elle lui doit par exemple ses victoires qui, sans l’apport des chrétiens de gauche, catholiques et protestants, n’auraient pas eu lieu. C’est cette absence de reconnaissance de la gauche qui expliquerait à contrario le succès d’un François Bayrou, mais aussi de Nicolas Sarkozy qui défend l’idée d’un apport positif des religions à la société. Une attitude à l’opposée de ces nouveaux discours « néo-républicains laïques qui ne sont que des propos maurassiens », selon Olivier Abel. La France ne serait pas un pays chrétien, mais un pays de culture catholique. Les autres religions, juifs parce que trop tentés par le communautarisme, musulmans parce que potentiellement intégristes, ou protestants parce que rattachés (contre leur gré) à l’orbite des évangéliques américains…, sont potentiellement dangereuses. Pour ces néo-républicains, l’ennemi, c’est au fond le pluralisme religieux ! » De son côté, Nicolas Sarkozy propose une approche plus ouverte aux religions qui ne peut leur déplaire. Des protestants qui pourraient cependant trouver à la longue cette situation très inconfortable pour eux. Ni vraiment laïques, ni vraiment catholiques, ils risquent bien de rejoindre rapidement le camp des déçus de la droite. Et se satisfaire bientôt dans le rôle des déçus de tous les camps ?

Olivier Abel

Entretien conduit par Jean-Luc Mouton,
publié dans Réforme le 1er mai 2008

(merci de demander l'autorisation avant de reproduire cet article)

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Olivier Abel
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